22/08/2016

Toots Thielemans

 Toots Thielemans, légende de l'harmonica, est mort

Il était sans conteste le musicien de jazz belge le plus célèbre au niveau international. Décédé à 94 ans, Toots Thielemans a eu une belle carrière aux côtés des plus grands.

La mort a été douce pour cet homme à l’âme mélodieuse : elle l’a emporté dans son sommeil à l’âge de 94 ans, mais le monde du jazz est attristé. Il avait annoncé en 2014 qu’il se retirait de la scène parce qu’il pensait ne plus pouvoir assurer tout un concert. Sur son site web se lit cette phrase qui le résume à merveille : « I feel best in that little space between a smile and a tear » (Je me sens le mieux dans ce petit espace entre un sourire et une larme). Pendant des décennies, Toots Thielemans a figuré en tête du palmarès de Down Beat pour les « instruments divers ». Mais Clifford Brown lui disait : «Toots, la façon dont vous jouez de l’harmonica ne devrait plus le faire appeler un “instrument divers” [miscellanous instrument]. »

Il était né à Bruxelles en 1922. Ses premiers instruments furent l’accordéon puis la guitare, sa première idole Django Reinhardt. Il partagea la scène en 1949 avec Charlie Parker, qu’il vénérait, puis il fut engagé par Benny Goodman pour une tournée européenne. Il s’installa aux Etats-Unis en 1951, acquit la nationalité américaine, et joua durant six années dans le quintet de George Shearing. Il avait développé une technique originale : doubler ses phrases de guitare en sifflant à l’unisson. Elle fit merveille dans sa ravissante composition en valse sur le blues, Bluesette, qui reste son succès le plus durable. Mais il se fit surtout connaître dans le monde entier à l’harmonica chromatique, ce petit instrument de 12 cm auquel il donna une sonorité reconnaissable entre toutes en le couplant à un micro qu’il tenait dans sa main.

Avec ce son, la « musique à bouche » conquit sa noblesse. Elle s’entend dans plusieurs musiques de film, notamment dans Midnight Cowboy (Macadam Cowboy), de John Schlesinger, musique de John Barry, et The Getaway (Guet apens), de Sam Peckinpah, musique de Quincy Jones. Celui-ci, dans les notes de pochette de son disque d’anthologie Q’s Jook Joint, produit avec ses moyens pharaoniques, écrivait : « Je peux dire sans hésitation que Toots est un des plus grands musiciens de notre temps. Sur son instrument, il est au rang des meilleurs que le jazz ait produits. Il touche au cœur et vous fait pleurer. Nous avons travaillé ensemble plus de fois que je peux les compter et il me fait toujours revenir pour en avoir plus. Toots, tu vivras toujours. » On ne saurait mieux dire.

Assister à l’un de ses concerts, c’était recevoir en confidence au creux de l’oreille une mélodieuse déclaration d’amour de la musique. Les récompenses ne lui ont pas manqué, il a joué avec quelques-uns des plus grands : Ella Fitzgerald, Quincy Jones, Bill  Evans (l’admirable Affinity), Jaco Pastorius, Natalie Cole, Pat Metheny, Paul Simon, Billy Joel… Il reçut en 2009 le Jazz Masters Award du National Endowment for the Arts, la plus haute distinction pour les musiciens américains. Et il a donné naissance à des fils musicaux comme Olivier Ker Ourio et Gérard Marais qui continuent d’honorer avec émotion « l’orgue à bouche » dans son sillage heureux. (Télérama)

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